Critique : Conjuring 2, Le Cas Enfield

James Wan ne s’arrête jamais. Non content d’avoir tourné le dernier (pour le moment) Fast and Furious, le réalisateur a immédiatement enchainé avec la suite de The Conjuring. Il est maintenant attendu sur Aquaman, premier film de la franchise DC Comics à ne pas être mis en images par Zack Snyder. Et entre les deux, il a tourné une nouvelle version du reboot de McGyver, l’original n’ayant pas satisfsait la chaine.

Inarrêtable ?

 

LA CRITIQUE

À un Dead Silence près, chaque nouvel univers horrifique lancé par James Wan a tapé dans le mille. On ne présente plus les nombreuses suites de Saw, Insidious est déjà une trilogie en attendant son quatrième épisode et le plus gros carton de tous, The Conjuring, s’est déjà offert un spin off avant l’arrivée de sa suite officielle. Si les films originaux étaient exécutés avec brio et malice, leurs progénitures ont toujours eu en revanche le don de tomber dans la surenchère gratuite, vaine et pas folichonne, malgré un côté film d’exploitation totalement assumé. James Wan en a lui-même fait les frais, en revenant à l’horreur après ce qui devait être son chant du cygne (The Conjuring !) pour un deuxième Insidious assez lamentable. Sorti du carton colossal et épuisant de Furious 7, il remet le couvert avec le couple Warren face à de nouveaux démons et c’est alors que la question se pose : peuvent-ils faire face à la malédiction des mauvaises suites ?

L’idée de base de The Conjuring 2 est en réalité suffisamment solide pour alimenter plusieurs suites : en effet, comme les protagonistes sont des enquêteurs réels qui ont fait face à bien des cas tous plus étranges les uns que les autres dans leur carrière, on peut légitimement imaginer plusieurs films sur un cas différent à chaque fois, comme il est question ici avec la famille Hodgson qui va emménager dans une maison hantée. Décidément, c’est à croire qu’il n’y a que ça sur le marché de l’immobilier !
Et quitte à changer de décor, autant y aller franchement. Exit la campagne américaine paumée, bienvenue la banlieue Londonienne plus confortable en apparence puisqu’ici au moins, si jamais un fantôme vient vous emmerder, vous pouvez toujours sonner chez les voisins !
James Wan s’amuse d’ailleurs à embrasser ce folklore anglais au détour de quelques séquences un peu joyeuses, à grand coup de Clash à la bande son, pour bien signifier ce changement d’atmosphère et cette nouvelle famille qui va vite être soumise à une menace peu charmante.

S’il parvient à différencier sa suite par ce procédé, ce dernier s’avère plus esthétique qu’autre chose tant le film s’inscrit dans la liste des suites/remakes comme on en voit de plus en plus.
L’entière structure narrative de ce Conjuring 2 semble à vrai dire calquée sur celle du premier film, en nous relançant quasiment les mêmes scènes au même moment.
Bon, c’est aussi le but d’une suite de se baser sur ses acquis, et il y a parfois du bon, lorsqu’il présente la maison maudite au travers d’un plan séquence un brin tape-à-l’œil qui permet de bien appréhender les lieux et l’espace pour situer la menace à chaque fois.
Cela étant, et notamment dans les mécaniques d’épouvante, James Wan ressort le premier film avec juste une nouvelle tête. La grande menace est beaucoup plus identifiée et iconisée que précédemment, sous la forme d’une nonne ayant une fâcheuse tendance à imiter Marilyn Manson dès que la tension monte un peu trop et pour le reste, la vraie vedette horrifique est peut être le « Crooked Man », une sorte de monstre sorti d’un conte pour enfants dont les apparitions sont de formidables fulgurances gothiques mais qui traverse le récit en étant un peu détaché de celui-ci, de la même manière que la première icône enfantine de la franchise, la poupée Annabelle.

Alors parfois, on ne va pas cracher dans la soupe, ça marche ! James Wan reste un excellent metteur en scène et est passé maître dans l’art de jouer au chat et la souris avec le spectateur, grâce à des cadres retors magnifiés par un format scope des plus élégants, et une diabolique gestion du rythme dans certaines scènes, qui semble s’être calé sur les battements de cœur de la salle pour mieux la surprendre. Quand il ne tombe pas dans certains jump-scares un peu faciles, Wan a cette formidable capacité à faire languir le spectateur à partir de pas grand-chose si ce n’est rien, et en sort parfois de très belles scènes, comme un long interrogatoire en plan fixe dans lequel la menace ne cesse de changer de forme en arrière-plan. Et comme on aime bien les trains fantômes, on peut aussi noter l’excellent passage avec un tableau où le réalisateur se joue de nos attentes et de nos certitudes avec un plaisir non moins délectable.

Pourtant, The Conjuring 2 n’est que l’ombre de son ainé. Déjà parce qu’il est très prévisible dans son déroulement, ensuite parce qu’il ne retrouve à aucun moment l’inventivité folle du premier qui préservait une certaine simplicité dans sa mise en scène pour mieux renforcer l’immersion (Clap Clap !) et enfin parce que ce même premier film reposait aussi grandement sur la famille Perron, incarnée par de formidables acteurs et qui avait le mérite d’être creusée suffisamment pour qu’on ait envie qu’ils s’en sortent ! Ici, la nouvelle famille a beau être nombreuse, elle s’en trouve malgré tout réduite à seulement deux personnages, les autres faisant presque de la figuration.

Trop soucieux de donner au spectateur ce qu’il est venu chercher, James Wan multiplie très vite les séquences horrifiques sans laisser au film le temps de souffler et de poser un peu, tombant dans une sorte d’hystérie devenant très vite redondante et artificielle. Et ceux qui en souffrent le plus, c’est bien les personnages, relégués aux rôles de pantins qui en prennent plein la tronche sans qu’on puisse vraiment s’en soucier tant la surenchère dans laquelle tombe l’entreprise finit par atténuer ses enjeux, sa profondeur éventuelle et donc son efficacité.

On dit d’une bonne suite qu’elle doit prendre son modèle à revers pour mieux surprendre les habitués. Si on s’en tient à ce principe, The Conjuring 2 échoue à être à la hauteur de son modèle qu’il recycle sans se fouler en essayant de caser le plus de passages effrayants, l’émotion en moins.
Trop long, trop bourrin et ayant la main trop lourde à tout point de vue, il tombe dans le piège de la surenchère et finit vite par lasser. Maintenant, sa fabrication honnête le place au-dessus de bien des Paranormal Activity et autres found footages, ce qui n’a rien de glorieux en soit quand on se souvient de son illustre aîné.

Conjuring 2 Le Cas Enfield, de James Wan – Sortie le 29 juin 2016



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