Critique : American Nightmare

American Nightmare (ou The Purge en VO) est le nouveau bébé de Blumhouse Production, la maison de production ayant engendré, après Paranormal Activity, une flopée de films d’horreur bons (Insidious, The Bay) et du moins bon (Paranormal Activity 1 à 4, pour l’instant) à moindre coût là pour exploser le box-office.

Après Sinister, Ethan Hawke remet le couvert, accompagné cette fois-ci de Lena Headey pour un film au pitch un peu particulier. Le résultat vaut-il le succès explosif que le film a eu de l’autre côté de l’Atlantique ?

Verdict.

 

Lors de son week-end d’ouverture aux Etats-Unis, The Purge a provoqué à nouveau un petit cataclysme dans le paysage cinématographique américain : 34 millions de dollars de recettes.
Ça peut paraître peu, mais c’est en réalité un nouveau coup de force de la part de la boite de production Blumhouse : d’abord parce que c’est un film « Rated R », soit interdit aux moins de 17 ans, qui était en tête du box-office, mais aussi parce que celui-ci n’a couté que 3 millions de dollars, et affiche donc un modèle de rentabilité pour le moins efficace. Le cinéma d’horreur à forte connotation politique est donc de retour en force, avec à nouveau la possibilité de toucher un public large. Mais au-delà de son succès même, est-ce que The Purge (ou American Nightmare en français, voyez un peu la pertinence du titre…) est à la hauteur de l’accueil réservé ?

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The Purge, c’est avant tout un concept : celui d’une dystopie dans laquelle les Etats-Unis ont réduit le taux de criminalité quasiment à néant, rétablissant la paix dans la nation. Tout semble donc parfait dans le plus beau des mondes, à l’exception d’une nuit dans l’année, une seule nuit grâce à laquelle cet équilibre est possible. Cette nuit, c’est celle de la « purge », durant laquelle tout est permis pendant 12 heures : n’importe quel crime est autorisé et légal, la police et les hôpitaux sont suspendus. Un véritable défouloir pour le peuple, qui a une nuit pour régler ses comptes comme il l’entend, avant de reprendre le train-train quotidien. Si on se limite au concept même, The Purge propose un point de vue pour le moins pertinent sur l’Amérique d’aujourd’hui, accaparée par de multiples questions autour de la violence et de l’acceptation de celle-ci par la nation.
Très évocatrice, cette nuit du crime renvoi à la lourde question du port d’armes légal dans le pays et à toutes les dérives qui en découlent depuis bien longtemps, les récents évènements de Boston ou d’Aurora l’an dernier retournant le couteau dans la plaie toujours béante du fait divers de Columbine. Par l’environnement et le contexte qu’il dépeint, le film place la nation face à ses démons et en soit, le succès du film ne peut qu’être vu comme une bonne chance si il peut relancer la plus puissante nation du monde sur une question épineuse qui ne semble pas trouver de solution dans la préservation de sa souplesse pour les armes.
Tout ça est donc bien beau, sauf que The Purge n’est pas une thèse, mais un film. Et passé son concept, l’œuvre de James DeMonaco s’avère bien maigre.

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Si The Purge repose sur une excellente idée de prime abord, l’application de celle-ci sur une histoire de survival (comment une famille terrée chez elle fait face à des assaillants durant la fameuse nuit) montre très vite les limites de l’idée. Devant un tel défouloir et déferlement de violence, avec règlements de comptes à tout va et une nation aussi déchainée, on imagine déjà mal comment un pays entier pourrait se lâcher pendant 12 heures puis ne plus rien faire pendant un an. Sincèrement, tout le monde se transforme en psychopathe sanguinaire puis la minute d’après, on fait la paix pendant un an ? Ils sont sacrément dociles ces ricains ! De cet état des lieux pour le moins bizarre et perfectible va découler une série de points scénaristiques auquel on a bien du mal à croire, sauf si on considère d’entrée que certaines personnages sont débiles. On n’en dira pas plus pour éviter de spoiler, mais quand le meurtre est la réponse au moindre mécontentement, c’est pour le moins grotesque. Au-delà de ce scénario gruyère, le film ne déroule rien de moins qu’un schéma de home invasion/survival ultra classique. La famille faussement liée se fait assaillir puis décide de ne pas se laisser faire, ce qui permet de ressouder les liens en moins de deux au passage.
Très prévisible dans son déroulement, The Purge ne brille pas par son récit ultra linéaire et ses rebondissements que vous pourrez prendre le temps de deviner avec les indices laissés durant l’exposition. C’est simple : chaque chose présentée va être utilisée ou retournée contre les personnages à un moment ou un autre, comme le veut la tradition du genre. Ça peut être amusant quand c’est bien fait, mais ici l’originalité n’est pas de mise, tout comme les personnages qui répondent à des stéréotypes éculés. A ce titre, Ethan Hawke semblait avoir bien plus de substance dans Sinister. D’un autre côté, il a dormi sur un canapé pendant tout le tournage pour amoindrir les frais de production du film, donc on ne doute pas une seconde de son envie de bien faire, tout comme celle du projet en général.

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The Purge est typiquement le film qui fait face aux problématiques d’un long-métrage reposant sur un seul concept : aussi grand et évocateur puisse-t-il être, son application dans un récit le confronte immédiatement à des questions de crédibilité, et il faut être réellement solides pour répondre à ces derniers. Ce n’est pas vraiment le cas du film de James DeMonaco, au déroulement pour le moins roublard, et même si on doute que les européens se sentent autant concernés par la chose que les Américains, le film aura au moins eu le mérite de renouer avec un cinéma de genre populaire reflétant les travers les plus sombres de notre époque.

 

American Nightmare– Sortie le 7 août 2013
Réalisé par James DeMonaco
Avec Ethan Hawke, Lena Headey
Dans une Amérique rongée par une criminalité débridée et des prisons surpeuplées, le gouvernement a donné son accord pour qu’une fois par an, pendant 12 heures, toutes activités criminelles, meurtres inclus, soient légalisées. La police ne peut intervenir. Les hôpitaux suspendent leurs services. Une nuit durant, les citoyens sont à même de définir leurs propres règles et de faire leur propre loi, sans avoir à craindre de sanctions. Au cours d’une telle nuit hantée par la violence et le crime, une famille va devoir faire un choix – bourreau ou victime ? – face à un inconnu venu frapper à sa porte.



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