Critique : A Cure for Life

Sur le papier (ou à travers sa promo), le film fait un peu penser à un nouveau Shutter Island.

Quatre ans après Lone Ranger et quatorze ans après avoir lancé la franchise à succès Pirates des Caraïbes, Gore Verbinski revient sur le devant de la scène avec A Cure for Life (ou A Cure for Wellness en version originale) avec Dane « Valérian » DeHaan, Mia Goth et le trop rare Jason Isaacs…

 

LA CRITIQUE

Tandis qu’il surfait pleinement sur la vague du succès il y a 10 ans, en réalisant notamment la prestigieuse trilogie Pirates des Caraïbes, Gore Verbinski s’est pris un retour de bâton des plus brutales par la suite avec le flop retentissant de The Lone Ranger. Forcément, faire un blockbuster familial montrant le génocide sur lequel est fondé l’Amérique, ça n’était pas du goût de tout le monde, et comme un problème géopolitique ne semble jamais arriver seul, son projet suivant, l’adaptation de la bd Pyongyang, fût annulé suite au hack de Sony par la Corée.
Cela fait bien des raisons de jeter l’éponge, mais le réalisateur est connu pour avoir plus d’une corde à son arc comme le prouve sa carrière variée, et le revoilà donc avec A Cure for Life, projet personnel imaginé en collaboration avec son scénariste de toujours, où il est question d’un centre de soins mystérieux en Suisse…

Verbinski n’en est pas à son premier essai dans l’horreur puisque son remake de The Ring reste considéré comme l’une des rares réussites du genre ces dernières années.
Quand on couple ça à son talent visuel de plus en plus flamboyant, on avait de quoi croire sérieusement à un retour en grâce des plus vénéneux, comme le témoigne la première scène, où un trader de Wall Street va passer un sale quart d’heure dans un building filmé comme une prison étouffante. Opposant d’emblée le monstre tentaculaire urbain au décor nettement plus aéré et sain des Alpes Suisses, A Cure for Life embarque un Dane DeHaan réticent dans un paradis qui va vite virer au cauchemar.
Un schéma ultra codé qui correspond parfaitement au talent de son metteur en scène, jamais le dernier pour mettre sur pellicule des ambiances sombres et dérangeantes.
De ce point de vue-là, A Cure for Life est une réussite durant un temps. Même si il est évident que le théâtre de l’action est suspect à tout point de vue, sa découverte progressive par le héros permet au cinéaste de mettre en boite des images superbes.
Lâchant le cinémascope de ses gros films pour retrouver un format 1.85 plus étroit et anxiogène, Verbinski s’amuse à faire languir le spectateur et à amener progressivement la bizarrerie et l’horreur, jouant sur les illusions et les apparences autant que sur l’esprit de son pauvre héros.
Convoquant sans détour Shining ou les films de fantômes, le tout propose quelques passages tendus où les repères disparaissent le long d’un plan, avec un aspect clinique d’après-guerre plus angoissant qu’autre chose. Que ce soit dans ses cadres ultra précis, sa direction artistique léchée et quelques idées de scènes progressivement ragoûtantes, l’aspect insidieux du film a tout de la grande réussite formelle, surtout que Dane DeHaan se démène à l’écran dans un rôle taillé pour lui.

Ça fait l’illusion durant un temps, le film ne trainant pas pour délivrer quelques scènes un peu chocs conçues comme des fulgurances horrifiques, seulement au bout d’un moment il faut bien réussir à justifier ce décor lugubre et la fameuse machination qui y rôde. Et là, le film s’écroule sur lui-même.
Déjà parce qu’il n’a jamais la substance nécessaire pour alimenter ses 2h26, mais surtout parce que cette dernière s’avère des plus rachitiques, pour ne pas dire grotesques. Sombrant rapidement dans l’enchaînement d’évènements énormes rarement justifiés, le récit opère carrément une sortie de route spectaculaire pour essayer de creuser ses personnages en vain, et repose sur des rebondissements digne d’une série B horrifique bas de gamme. L’ensemble repose sur un mythe fourre-tout difficile à gober qui tire le film vers un final grandiloquent des plus ridicules, et le spectateur semble très vite avoir un temps d’avance sur le film tant l’aveuglément de ses personnages face aux évènements finit par ne plus avoir aucun sens, les pauvres errant sans but dans des décors certes somptueux, mais qui finissent par sonner tout aussi creux.

Dépourvu d’une construction dramatique solide, A Cure for Life devient vite un bel album de scènes bien gaulées qui tournent à vide, où l’enjeu principal s’étiole progressivement au point de détacher le public du récit, et donc des frissons éventuels tant le tout finit par ressembler à une démonstration de force. Que Verbinski y ait mis certaines de ses peurs, on y croit sans problème, et il fait preuve d’une aisance derrière la caméra qui sait toujours être saisissante. On aurait juste aimé qu’il accorde le même soin à l’écriture tant le tout reste figé du début à la fin, excepté un personnage principal qui n’a pas les épaules suffisantes pour faire face au cocasse dans lequel s’enfonce l’entreprise…

A Cure for Life, de Gore Verbinski – Sortie le 15 février 2016



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