Critique : 120 battements par minute

D’après les tendances cannoises, 120 Battements par Minute pourrait être l’un des prétendants à la Palme d’Or. Le nouveau film de Robin Campillo, réalisateur d’Eastern Boys et scénariste du récent Planetarium avec Natalie Portman traite d’un sujet aussi grave qu’important : le Sida, à travers les actions de l’association Act Up Paris.

Mais le film vaut-il tous les éloges qui remontent depuis la Croisette ?

 

LA CRITIQUE

Annoncé comme la sensation du Festival de Cannes 2017 dès le quatrième jour, le deuxième long-métrage de Robin Campillo s’avère certainement un favori sur certains prix de la compétition, mais pas nécessairement LE film de cette soixante-dixième édition. Même s’il tente de s’en détacher par moments, 120 battements par minute porte encore sur ses épaules les lourds codes du cinéma dit “d’auteur” français.

Un mot tout d’abord sur le sujet capital que traite Campillo. À travers son film, le réalisateur d’Eastern Boys travaille autant le milieu militant associatif que la confrontation à la maladie. Fondée en 1989, Act Up-Paris suit les principes de son aînée américaine afin de prévenir les adolescents des dangers des maladies sexuellement transmissibles et particulièrement du Sida qui a fait des ravages à cette époque. Ses méthodes parfois musclées auprès des laboratoires pharmaceutiques et ses prises de position politique lors des événements liés à la communauté LGBT en ont fait un symbole fort de cette lutte contre l’homophobie, mais aussi dans le dépassement les tabous de notre société concernant cette prévention qui peut sauver des vies. À cette époque, le Sida est encore la maladie des pédés et des indésirables que la société préfère éviter du regard. Pourtant, le Sida tue et cette réalité glaçante ne quitte jamais les militants d’Act Up-Paris qui disparaissent lentement, une fois que le virus ait fait son œuvre.

Dans le sillage des manifestations contre le mariage pour tous sous le précédent quinquennat, les thèmes portés par ce film qui se déroule au début des années 1990 sont encore brulants d’actualité. Robin Campillo s’est d’ailleurs associé à Philippe Mangeot, séropositif depuis 1986, militant puis président d’Act Up-Paris, pour garantir une authenticité indéniable à son scénario qui rassemble des personnages de fiction. Leur identité ne se résume même plus qu’à un prénom. Le film introduit le spectateur dans cet univers via Nathan (Arnaud Valois), un petit nouveau qui découvre de l’intérieur l’association, ses membres et son règlement. Lui n’est pas séropositif, mais Sean l’est (Nahuel Pérez Biscayart). Cet autre jeune garçon ne savait pas jusqu’à l’irréparable. Désormais, il tient à s’engager dans la mission de l’association. Lui est prêt à aller au-delà même des consignes qu’impose la présidence lors des réunions hebdomadaires dans leur amphithéâtre. Comme beaucoup dans ce lieu, tant que les effets de l’AZT ralentissent la maladie et la maintiennent suffisamment à distance, le téméraire Sean est en sursis.

Nathan ne connaît pas ce poids de la culpabilité du Sida, de ne pas avoir été au courant ou ne pas avoir voulu en savoir plus, de ne pouvoir effectuer son coming out de peur du rejet de ses proches qui pourraient l’abandonner aux premiers symptômes. Pour les protagonistes de 120 battements par minutes, Act Up-Paris est leur nouvelle famille, leurs nouveaux amis, qui les ressemblent, les écoutent et les comprends. Le film laisse peu de place aux scènes de vie entre eux à l’extérieur de l’association. Ces rares séquences finissent dans la pénombre intime d’une chambre à coucher ou sous les spotlights stroboscopiques d’une boîte de nuit. Par touches sporadiques, la mise en scène de Robin Campillo s’élève d’ailleurs par ces instants rythmés par les pulsations de la musique, par des transitions visuelles malines vers cet infiniment petit qui peut détruire le plus grand nombre. Certain de leur efficacité, le réalisateur les répète. La redondance de plusieurs scènes illustre évidemment celle de leur combat de tous les jours. Néanmoins, elle rallonge inutilement les 2h15 du long-métrage. La multiplication des opérations militantes dans tous les lieux possibles de la société, et donc des discussions en assemblée générale, se ressemblent trop et ralentissent parfois un tempo qui, au final, manque d’efficience.

De plus, comme tout film sur la maladie, la nature du dénouement ne surprend évidemment pas. Le long-métrage suit cette logique implacable du genre en y fonçant tête baissée. Malgré que l’essentiel passe par le dialogue, Robin Campillo parvient forcément à nous lier à ses personnages sur la durée et à amplifier l’émotion dans son dernier acte prévisible. Émouvant sur la banalité de la confrontation au deuil, le réalisateur insiste cependant trop dans le tire-larmes. Il étire autant que possible son dénouement assez morbide, plutôt que de nous emmener vers la lumière salvatrice à l’instar d’un Philadelphia. Plutôt bavard et répétitif, 120 battements par minutes saura surtout remuer le cœur de beaucoup grâce à son casting jeune et dynamique, et devrait éveiller certaines consciences sur l’importante question du Sida qui, en 2017, se pose encore, inlassablement.

120 battements par minute, de Robin Campillo – Sortie le 23 août 2017



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